– C’est quoi une “profession” ?

MĂ©tier ou profession ?

On utilise l’un ou l’autre au grĂ© de nos phrases sans forcĂ©ment en saisir le sens. Et peu importe. Ça veut dire la mĂŞme chose. 

Emoticone qui doute

Je ne suis pas d’accord.

Bon, ok… Sans ĂŞtre si catĂ©gorique :

Savoir Ă  quoi renvoie le mot “profession” nous fait entrer encore plus profondĂ©ment dans la workosphère.

Oui, vous savez bien… ce monde un peu Ă©trange qu’est l’entreprise. Ou le boulot en gĂ©nĂ©ral. On y rencontre tout un Ă©cosystème. 

Fourmis qui travaillent

Et prendre le parti d’Ă©tudier la workosphère, c’est se dĂ©tacher. 

Alors voilĂ . Aller chercher le vrai sens de “profession”, ça paraĂ®t ennuyeux comme une heure de colle.

DĂ©trompez-vous. 

Parce qu’on comprend avec ce mot toute la portĂ©e de notre hĂ©ritage. Ce qui fait aujourd’hui le mĂ©tier. Notre mĂ©tier. 

Lapin qui observe a travers ses jumelles

Et savoir d’oĂą on vient, c’est toujours mieux.  

Alors lisez la suite sans modĂ©ration. On va pas s’ennuyer, c’est jurĂ©.

La profession n’est pas le métier.

C’est plus large. La profession touche au monde du travail et au jugement social.

Pour comprendre ça, il faut qu’on fasse un petit tour dans l’Histoire.

C’est toujours instructif de s’intĂ©resser Ă  la construction des choses. Ça en dit long, croyez-moi.

Emoticone qui roule des yeux

Donc…

On est Ă  la fin du Moyen Ă‚ge.

Profession. De professio en latin. Qui veut dire avouer sa foi, la déclarer ouvertement.

Les individus s’engagent publiquement. On pense au serment d’Hippocrate des médecins.

Serment d'Hippocrate

Le pouvoir est reconnu, il y a ceux qui en font partie et ceux qui n’en sont pas.

On dénombre à l’époque un certain nombre d’activités basées sur le modèle de la profession libérale. Surtout dans les domaines du droit, de la médecine et du clergé.

En clair, cela concerne essentiellement les activités qui permettent de gagner sa vie sans avoir à se livrer au travail manuel ou au commerce.

C’est la première scission entre les travailleurs qui travaillent avec leurs mains et ceux qui travaillent avec leur esprit.

Ensuite, on a la Révolution française.

Qui au fond est une révolution bourgeoise. Parce que les bourgeois entrepreneurs n’étaient pas reconnus.

Puis, c’est “le grand 20ème siècle”.

Ça va de 1789 (Révolution française) à 1914 (Première guerre mondiale).

C’est l’Ă©poque de l’industrialisation, des premiers mouvements sociaux, de Karl Marx, et j’en passe.

Dessin dockers port chargement

(Travail de Zola, dont je parle dans l’article “3 livres qui ont changĂ© ma vie” Ă  lire si vous voulez un roman de cette Ă©poque).

Les deux guerres… Les 30 Glorieuses… Le dĂ©but des annĂ©es 70…

On s’arrĂŞte ici. 1970 et plus.

C’est la France des 200 familles (les notables).

On a la bourgeoisie avec des mĂ©tiers tels que mĂ©decins, juges… et on a les autres : les ouvriers.

C’est un tabou qui pèse historiquement sur la sociologie des groupes professionnels.

La sociĂ©tĂ© française est divisĂ©e entre la bourgeoisie provinciale et le peuple qui n’a pas vraiment le droit au terme “profession”.

Et paf, l’affrontement de classes est de retour.

La France de De Gaulle cherche une autre voie. (La question de la profession est une non-question pour les marxistes.)

On se dit qu’il faut dĂ©finir des groupes professionnels liĂ©s Ă  la classe moyenne.

La classe moyenne, c’est une notion Ă  prendre avec des pincettes.

Parce qu’elle essaie de se nĂ©gocier des espaces de visibilitĂ© sociale, elle veut affirmer son identitĂ© et ĂŞtre un groupe d’appartenance. En clair, elle veut se faire voir.

Emoticone oeil qui bondit

Il faut se méfier, parce que derrière se cachent des intérêts économiques, sociaux et identitaires.

Marketing aussi.

Si on prend l’exemple de la culture, il y a ceux qui ont le pouvoir de dire “le beau” et ceux qui le consomment.

Les groupes professionnels peuvent apparaître et disparaître.

Cendrillon qui se transforme pour aller au bal

Mais comment ont-ils fait pour apparaître ?

Ils peuvent aussi se transformer.

Magique.

La profession s’adapte Ă  la sociĂ©tĂ© et suit tous ses mouvements.

L’exemple de l’agent immobilier colle bien : dans les annĂ©es 70, le notaire Ă©tait l’interlocuteur direct dans le cadre d’une transaction immobilière.

Aujourd’hui, on a diplĂ´mes, publications et fĂ©dĂ©rations d’agents immobiliers. CautionnĂ©s par l’Etat donc. Et Ă  cela, on ajoute au tableau les sites web de particuliers Ă  particuliers.

La profession a une image un peu mythifiée, unique et singulière.

Emoticone ange

On a par exemple les formulations de type « chers confrères » chez les avocats ou les architectes. Parmi tant d’autres.

C’est surtout le cas quand on a à faire aux professions régies par un Ordre ou par une Confédération. Le vocabulaire entretient le mythe !

Il y a parfois souvent une disproportion entre le poids physique et le pouvoir que les professions se sont attribuées.

On est face à une image unifiée en façade qui sert à avoir des avantages.

Quand il n’y a plus d’avantage, il n’y a plus de profession.

Le système est bien rôdé, chacun joue son rôle. Les individus se regroupent pour obtenir des avantages et développent un discours pour capter une audience. Qui viendra renforcer le bien fondé de ces mêmes individus.

Emoticone qui s'evanouit

La profession est une construction qui n’ajoute rien au mĂ©tier. Qui n’enlève rien non plus.

En fait, c’est quand le mĂ©tier appartient Ă  une organisation qu’on peut parler de profession.

« Les  professionnels du secteur » qu’ils disent…

À tout moment, la France se découvre des professions ! C’est toute une symbolique aussi, parce qu’il y a la perception sociale.

Bref, le but commun d’une profession, c’est d’accéder à des avantages.

Dessin Cadeau

Comme tous les autres regroupements professionnels si on y pense bien. Du type branches professionnelles ou syndicats.

Et tous les coups sont permis !

Aujourd’hui, on a les autoentrepreneurs qui sont les nouveaux prolĂ©taires d’eux-mĂŞmes (sans contrat notamment). [Ne criez pas au scandale, j’en fais partie.]

A la base, le professionnel (au sens libéral) est là, désintéressé. Il soigne. On pense aux médecins ou aux infirmières par exemple.

C’est faux Ă  l’heure actuelle. Les professions libĂ©rales sont composĂ©es de beaucoup de mĂ©tiers actuellement. Ça va du consultant au dessinateur industriel.

Ce terme n’est plus rĂ©servĂ© au monde de la santĂ©. Le rapport Ă  l’argent est très important.

Emoticone dollars dans les yeux

Dans le cas français, on a un modèle de professions libérales savantes.

Et un pays qui invente les cadres !

Ça n’existe nulle part ailleurs. Le cadre est diffĂ©rent de la profession. Mais on retrouve la mĂŞme idĂ©e d’aura mythique.

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Faut que je m’arrĂŞte lĂ , sinon la rĂ©flexion va nous emmener trop loin.

Dans tous les cas, faites comme moi. PrivilĂ©giez le mot “mĂ©tier” quand vous hĂ©sitez.

Ça rendra hommage Ă  l’activitĂ© et non pas Ă  tout le flon-flon qu’il y a derrière.

En plus, les mots sont très connotĂ©s et imprĂ©gnĂ©s de notre jugement social. C’est Ă  dire de ce qu’on nous a appris Ă  en penser. Grosso modo.

Le mot “profession” est liĂ© Ă  des avantages.

Et ça, c’est source de distinction en sociĂ©tĂ©. Ou de stigmatisation comme on dit dans le jargon.

Emoticone qui s'evanouit

Positive certes. Mais ça crée de la différence sociale.

“MĂ©tier” est moins connotĂ© que “profession”. Ça renvoie davantage Ă  ce qui est fait quand on est en poste. Plus concret.

Quand elle n’est pas nĂ©cessaire, il faut se passer de la diffĂ©rence sociale. Pour ne pas ajouter de filtres inutiles. On en a dĂ©jĂ  bien assez comme ça. Et puis ça biaise notre enquĂŞte sociale.

Vous voyez oĂą je veux en venir ?

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